Carnet de mission : Projet Burkina Faso, Mission 2018

Cette mission doit servir de test pour la création de chantiers-écoles dans le cadre d’un
projet de coopération décentralisée. Des élèves de la filière archives de l’Ecole Nationale
d’Administration et de la Magistrature (ENAM) du Burkina Faso et des élèves du master gestion de l’archivage de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines participent à cette aventure.

 
 
 

Les archives du Haut-Commissariat

 
 

Cette deuxième journée de mission commence sous un déluge d’eau. Nous ne sommes pas encore sortis de la saison des pluies qui s’étend de juin à septembre et elle est bien présente ce matin pour nous le rappeler. Cela va bloquer nos opérations de transfert pour quelques heures.

Mardi 11 septembre.

Nous poursuivons le traitement des journaux, aussi précieux ici que les documents d’archives et celui de certains fonds d’archives. L’accent est porté sur les archives du Haut-commissariat.

Nous avons été rejoints par une archiviste et une secrétaire de la mairie de Bobo. Tous pensent venir à une formation et sont vêtus de leurs plus beaux atours. Première urgence, trouver des blouses !

Depuis que le Burkina a obtenu son indépendance le 4 août 1960, l’organisation administrative a peu changée. Les « cercles », entité administrative territoriale et militaire, sont alors remplacées à l’identique par les haut-commissariats. La Haute Volta garde son nom pour n’être rebaptisée Burkina Faso (« Pays des hommes intègres » dans plusieurs dialectes) qu’en 1984.

En 2004, les Gouvernorats sont créés. Celui des Hauts-Bassins chapeaute 3 haut-commissariats sans que ceux-ci ne soient supprimés. Il a donc été décidé de commencer le classement par les archives du Haut-commissariat conservés au gouvernorat et recouvrant la période 1960-2004.

Le soir, le gouverneur Antoine Atiou nous rejoint, nous allons tous déjeuner en ville, dans une arrière-salle, « pour plus de sécurité ». Les attentas récents ont eu lieux à Ouaga et non à Bobo mais la prudence reste de mise. Nous avions d’ailleurs envisagé de visiter le week-end prochain les cacades de Banfora mais le gouverneur nous le déconseille. Changement de programme, nous verrons bien !

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Université de Koudougou
 
 

Nos étudiants burkinabés (Koudougou) : qui sont-ils ?

 
 

Aux deux élèves-conservateurs de l’ENAM présentés précédemment, trois étudiants en Licence Pro « Science de l’Information Documentaire » (SID) de l’université Norbert Zongo de Koudougou sont venus se joindre à nous.

Blandine Bayili, Hamado Kouraogo et Eve-Marie Sawadogo (de gauche à droite sur la photo) sont tous les trois en Licence 2.

La licence SID est une formation assez généraliste sur les métiers des bibliothèques, de la documentation et des archives. La promotion de Blandine, Hamado et Eve-Marie accueille 35 étudiants. Tous devront soutenir un mémoire et une soutenance en Licence 3.

Pour cette année en licence 2, nos trois étudiants devaient réaliser un stage d’un mois. Ils ont tous les trois intégré un des services d’archives de Bobo dans lesquels on les a informé de la mission d’ASF. L’année universitaire ne reprenant que le 5 octobre, ils ont souhaité se joindre à nous afin d’approfondir leur stage.

Blandine Bayili

Blandine est entrée en filière SID par méprise. Elle voulait initialement faire de la communication et pensait que cette licence pro la préparerait. Même si elle n’a aucun regret sur la direction prise, elle tentera à l’issue de sa Licence d’intégrer tout de même un master en communication avec l’espoir qu’une passerelle existe. A défaut, elle tentera le concours d’archiviste d’Etat pour travailler dans le secteur public. Elle cherchera un poste dans une société d’archivage en cas d’échec au concours. Des trois, elle a déjà une idée de son mémoire de fin de Licence « La réorganisation des archives du gouvernorat des Hauts Bassins ». Un sujet de circonstance ! Nous avons d’ailleurs vu ensemble son plan.

Hamado Kouraogo

Hamado a choisi cette filière sur le conseil de ses ainés et pour son aspect professionnalisant. Toutefois, conscient des difficultés à trouver un poste avec une seule Licence, il cherchera en premier lieu un emploi dans une société privée d’archivage pour y faire du conseil ou du classement. Comme un grand nombre d’étudiants passent les concours de la catégorie B ouverts dès le niveau bac, il envisagera, après quelques années d’expériences professionnelles, de passer soit le concours d’élève-conservateur de l’ENAM soit de monter sa propre société en archivage.

Eve-Marie Sawadogo

Eve-Marie aime l’écrit. Elle se destine plutôt au métier de bibliothécaire avec le projet d’ouvrir sa propre médiathèque privée. En attendant de trouver l’argent nécessaire à la concrétisation de son projet professionnel, elle travaillera dans les archives à l’issue de sa licence. La filière archives est en effet plus recruteuse que celle des bibliothèques. Pour autant, elle a déjà commencé à chercher des partenaires financiers afin que son rêve de proposer des livres, des CD, des jeux vidéos, des BD, une connexion internet stable... se réalise rapidement car si ce type de structure existe probablement à Ouagadougou, il est rare d’en trouver ailleurs dans le pays. La seule bibiothèque à Bobo, ville de près d’un million d’habitants, est celle du centre culturel français. Si son projet fonctionne, elle envisage d’aller suivre un master au Sénégal, en France ou au Canada.

Nos trois étudiants ont découvert le côté physique (voir même éprouvant) du métier d’archiviste. Ils ont été d’une aide précieuse sur la mission et en retour, ont beaucoup appris pendant ces deux semaines...

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ENAM de Ouagadougou
 
 

Nos étudiants burkinabés (ENAM) : qui sont-ils ?

 
 

Deux élèves de la filière Archives de l’Ecole Nationale d’Administration et de la Magistrature (ENAM), Adèle Banyalba et Anatole Tapsoba, ont été sélectionés pour participer au chantier-école d’ASF à Bobo-Dioulasso.

L’idée d’une participation conjointe d’étudiants français et burkinabés sur une mission d’ASF pour en faire un chantier-école est venue d’une volonté partagée de la directrice de la formation de l’université de Saint-Quentin-en-Yvelines et Monsieur Ouedraogo, le directeur de l’ENAM de Ouagadougou.

Ainsi, deux étudiants de la promotion d’élèves conservateurs sont arrivés à Bobo pendant nos deux semaines d’intervention. Le choix s’est porté très simplement sur les deux premiers de la promotion, composée de 3 femmes et de 9 hommes : Adèle Banyalba et Anatole Tapsoba.

L’ENAM propose 3 niveaux de formation en archivistique, accessibles sur concours :

  • aide-archiviste (équivalent de notre catégorie C),
  • archiviste d’Etat (équivalent catégorie B)
  • conservateur (équivalent catégorie A).

Au total, plus d’une centaine de nouveaux diplômés qui sortent de cette formation chaque année.

Adèle Banyalba

Adèle ne se prédestinait pas au métier d’archiviste. Après avoir tenté plusieurs concours administratifs, elle s’est présentée et a été admise à celui de l’ENAM pour devenir archiviste d’Etat. Jusque là, elle ne connaissait rien des archives et en avait même une image très « passéiste » et poussiéreuse. A l’issu de sa formation, elle est nommée au Conseil Supérieur de la Communication où elle a pour responsable Anatole. Au bout de 3 ans, elle décide de passer le concours d’élève conservateur. Elle s’y présente avec Anatole qu’elle a réussi à convaincre. Tous deux le réussisent. Très intéressée par la discipline, Adèle envisage aujourd’hui de faire une thèse en archivistique.

Anatole Topsoba

Recruté par une société qui effectue des missions de classement, Anatole y a appris l’archivage sur le tas. Cette expérience lui ayant beaucoup plu, il a alors décidé d’intégrer l’ISTID (Institut des Sciences et Techniques de l’Information Documentaire). Cette formation privée de deux ans lui a permis d’obtenir un BTS d’Etat. Jeune diplomé, il intégre le Conseil Supérieur de la Communication. Après 8 années de travail au sein du CSC, il entre à l’ENAM avec Adèle qui a su le convaincre de se présenter au concours d’élève conservateur avec elle. Son objectif serait d’ouvrir son propre cabinet d’étude en archivistique ou devenir consultant international en archivistique.

A l’issu de leur formation de 2 ans comme élève conservateur à l’ENAM, Adèle et Anatole seront réintégrés au Conseil Supérieur de la Communication.

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Dans l’action dès le 1e jour

 
 

Le grand jour est arrivé... la mission démarre officiellement. Ainsi, nous entamons la matinée en faisant tout d’abord connaissance avec les 14 personnes avec qui nous allons travailler ainsi qu’avec le magasinier et le chauffeur qui viendront ponctuellement nous aider .

Lundi 10 septembre

Après les présentations de rigueur, les tâches sont réparties entre les trois archivistes du gouvernorat, les deux étudiants de l’Ecole Nationale de Magistrature, les trois étudiants de Licence 2 de l’Université de Koudougou, un archiviste et une secrétaire de direction du Conseil Régional.

Pensant assister à une formation thérioque, ils vont pourtant très rapidement découvrir que le meilleur apprentissage se fait dans l’action. Nous allons donc classer !

Le local qui conserve les documents du Gouvernorat des Haut-Bassins, région sud-ouest du Burkina, est sombre et très poussiéreux mais dispose désormais d’une climatisation et de fenêtres depuis la dernière visite d’ASF-France.

Le première objectif est posé ! Il faut transférer les documents dans la salle du Conseil, transformée pour l’occasion en la salle de travail pour les deux semaines à venir.

L’équipe fait une première constatation : le volume des journaux est plus important que celui estimé. Une élimination n’est pas envisageable (sauf les doublons). En effet, que ce soit Le journal de Bobo ou La voix du parlement, nous ne connaissons pas les conditions de conservation dans les autres institutions. Ainsi par exemple, les riches archives et la documentation du Parlement Burkinabé ont brûlées lors de la révolte populaire de 2014. Il vaut donc mieux conserver tous les documents que nous allons trouver sur cette institution, même son magazine.

Nous constituons deux équipes : 6 personnes s’attaquent aux archives, 8 autres aux journaux pour régler la question au plus vite. Le transfert s’accompagne d’un dépoussiérage sommaire. L’opération assez pénible mais nécessaire.

La pause matinale (à 10h, après avoir commencé à 8h) et le repas de 12h30 sont pris en charge par le gouvernorat. Cette longue journée s’achève à 16h. L’équipe est épuisée mais satisfaite du travail accompli.

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Arrivés à Bobo-Dioulasso

 
 

Grâce au gouverneur qui nous a mis à disposition son chauffeur, nous prenons la route de Ouagadougou vers notre lieu de mission à Bobo-Dioulasso.

Dimanche 9 septembre

Six heures de route pour parcourir 356 km et des dos d’âne tous les kilomètres qui ralentissent bien le trafic ! La route traverse de nombreux villages. Les accidents sont fréquents. Le trajet est très pénible, impossible de prendre un peu de repos !

Lors de la pause déjeuner, nous faisons la rencontre d’Antoine Atiou, gouverneur de la région des Hauts-Bassins et ami de longue date de Marc Trille. Nous mangeons et faisons connaissance lors d’un repas sur la route dans un maquis, sorte de bar-restaurant de brousse.

A 19h, nous arrivons au Centre d’Accueil des Missionnaires (CAM) de Bobo-Dioulasso (Bobo) avant de nous rendre au gouvernorat où l’épouse du gouverneur nous invite à dîner. Demain, nous débutons la mission à 7h30. Une bonne nuit de sommeil nous fera le plus grand bien après ce long voyage !!

Le gouverneur Antoine Atiou montre un intérêt certain quant à la gestion des archives de sa région et nous encourage pour la mission à venir.

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Arrivés à Ouagadougou

 
 

Après un long voyage de Paris à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso le 7 septembre à 23h heure locale (1h du matin heure française), nous sommes accueillis par des amis et la famille de Marc Trille avec qui nous dinons.

Samedi 8 septembre

La journée commence par une visite commentée du Centre des Archives Nationales.

L’équipe ASF-France pose aux Archives nationale avec Marie-Jeanne Diasso, Directrice des Archives historiques et iconographiques.

La forme et les motifs des chapeaux que seuls les chefs ont le droit de porter et qui ornent le toit de la salle de réunion des Archives nationales sont le symbole de l’importance accordée aux Archives.

La Directrice, Marie-Jeanne Diasso, nous présente la salle de tri, les deux magasins et la salle de lecture.

Près de quarante personnes (dont vingt archivistes) travaillent dans ce centre. Une formation en archivistique a été créée à l’ENAM (Ecole nationale de magistrature) ce qui permet au centre d’avoir régulièrement des stagiaires.

La situation n’est pas simple. Le bâtiment datant des années 30 est initialement une imprimerie. Il a vieilli et connaît malheureusement des infiltrations d’eau et des problèmes de conservation. Un magasin est équipé en rayonnages fixes autoportants sur 2 niveaux. L’autre magasin est partiellement équipé. Il existe des instruments de recherche sur papier et fiches.

Les deux mains stylisées portant deux cercles concentriques sont l’emblème des Archives nationales. Il symbolise la mémoire.

Lors de la révolution populaire de 2014 et du renversement du gouvernement, les inestimables archives de l’Assemblée nationale ont été totalement détruites. Les archives nationales ont été menacées mais heureusement, sans autre conséquence. Les fonds burkinabés sont répartis dans différents centres d’archives (ANOM à Aix-en-Provence, Dakar…). Les fonds iconographiques sont maigres mais bien conservés.

L’après-midi est consacré à la visite du village des artisans de Ouagadougou.

La soirée a été partagé autour d’un repas chez l’habitant.

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